Fonds d’urgence pour les secours en cas de catastrophe (IFRC-DREF)
La session avait pour objectif principal de présenter les réformes et les innovations mises en œuvre au sein du Fonds d’urgence pour la réponse aux catastrophes (IFRC-DREF). Ces modifications visent à optimiser l’accès aux ressources financières de manière rapide et opportune, tant avant qu’après la survenue d’une catastrophe, en renforçant le volet préventif et la réponse humanitaire immédiate des Sociétés Nationales.
La première des modalités présentées est le IFRC-DREF Imminent, un mécanisme du volet préventif conçu pour les crises à évolution rapide pour lesquelles les prévisions sont très fiables. Ce fonds permet aux Sociétés Nationales de solliciter jusqu’à 75 000 CHF dans un délai allant d’un mois à trois jours avant l’événement prévu, le Secrétariat disposant d’un délai de réponse maximal de 24 heures pour définir l’allocation. Les opérations menées dans le cadre de ce dispositif ont une durée maximale de 45 jours et s’inscrivent dans une approche « sans regret » (non-regrets approach), ce qui signifie que si l’impact de la catastrophe ne se concrétise finalement pas, la Société Nationale n’est pas tenue de rembourser les fonds utilisés pour les actions de préparation.
L’utilité pratique du IFRC-DREF Imminent a été démontrée lors de la session grâce à l’expérience de la Croix-Rouge Jamaïcaine face à la menace de l’ouragan Melissa. S’agissant d’un cyclone de catégorie 5 sans précédent sur l’île, la Société Nationale a obtenu l’approbation des fonds en moins de 36 heures et trois jours avant l’impact prévu, grâce à une surveillance précoce menée en collaboration avec les bureaux régionaux et de cluster. Cette anticipation lui a permis de mobiliser des bénévoles et de prépositionner directement des articles non alimentaires dans les zones présentant des vulnérabilités structurelles préexistantes. Ainsi, des bâches, des lampes de poche et des kits de nettoyage ont été distribués avant que le phénomène ne touche terre, ce qui a considérablement réduit les souffrances des communautés. La principale leçon retenue par la Société Nationale est l’importance de se familiariser avec l’outil en période de calme et d’élaborer des projets de demande basés sur des données démographiques et des cartes de vulnérabilité historiques, afin d’éviter de perdre un temps précieux en pleine situation d’urgence.
Le deuxième outil abordé lors de la session est le paiement anticipé d’urgence (Emergency Advance Payment), activé immédiatement après la survenue d’une catastrophe soudaine, en parallèle de la formulation du IIFRC-DREF régulier. Son grand avantage réside dans le fait qu’il est géré directement avec la délégation locale de l’IFRC sans nécessiter l’approbation des équipes mondiales, ce qui permet le transfert de fonds en moins de 24 heures. Les montants sont standardisés en fonction de la gravité de l’événement : 30 000 CHF sont alloués pour les crises de catégorie jaune et 100 000 CHF pour les catégories orange ou rouge. Ce dispositif engage institutionnellement la Société Nationale à lancer un IFRC-DREF ou un appel d’urgence ultérieur ; dans le cas contraire, l’avance doit être remboursée.
La Croix-Rouge Vénézuélienne a tiré de précieuses leçons sur l’utilisation stratégique du paiement anticipé d’urgence lors d’une récente crise hydrique due à une sécheresse extrême : la réactivité du Fonds a permis de mobiliser et d’installer des stations de potabilisation sur le terrain en moins de 72 heures. Cette capacité de réponse rapide permet non seulement d’atténuer une crise critique, mais confère également à la Société Nationale un leadership fort et une appropriation des actions lorsqu’elle coordonne les interventions avec les communautés et les autorités locales, en étayant son discours institutionnel par des ressources financières réelles et immédiatement disponibles.
De plus, la Société Nationale a recommandé de ne pas activer cet outil de manière automatique mais stratégique, et a souligné la nécessité de disposer d’une liste de fournisseurs préalablement établie, conforme aux normes administratives de l’IFRC, afin de pouvoir facturer et exécuter les dépenses immédiatement.
Enfin, la procédure d’approbation accélérée (Fast-Track 25 %) a été présentée ; elle s’applique par défaut dans les opérations d’intervention lorsqu’aucune des deux options précédentes n’a été utilisée. Dans ce cadre, le Secrétariat émet une approbation initiale d’éligibilité et de conformité dans les 24 heures suivant la réception de la demande, débloquant immédiatement 25 % du budget total requis pour assurer la liquidité pendant que l’examen technique du projet complet est mené à bien.
La session s’est conclue en rappelant que toutes les demandes officielles de fonds IFRC-DREF doivent être gérées par voie numérique via la plateforme GO de l’IFRC. Le lancement récent du nouveau Guide des lignes directrices du IFRC-DREF a également été souligné, un document clé permettant d’approfondir la maîtrise de ces outils de financement précoce.
Coopération entre pays pour la réponse
La gestion intégrée des risques de catastrophe dans les Caraïbes, en Amérique Centrale et dans la région andine repose sur un constat fondamental et incontournable : aucun pays ne possède seul la capacité financière, logistique ou opérationnelle pour affronter des catastrophes majeures. C’est face à cette réalité que l’Agence Caribéenne de Gestion d’Urgence des Catastrophes (CDEMA), le Centre de Coordination pour la Prévention des Catastrophes en Amérique Centrale et en République Dominicaine (CEPREDENAC) et le Comité Andin pour la Prévention et l’Attention des Désastres (CAPRADE) s’accordent pleinement sur le fait que l’efficacité de l’aide internationale ne peut s’improviser au moment de la crise ; elle dépend strictement d’accords contraignants préexistants et d’une confiance institutionnelle bâtie avant l’urgence. Il existe par ailleurs un consensus absolu sur la nécessité impérieuse de passer d’un modèle de réponse purement réactif à une réduction des risques ancrée dans les territoires, et au déploiement d’actions anticipatoires basées sur des alertes précoces. Ce changement de paradigme vise non seulement à sauver des vies, mais aussi à atténuer l’impact économique brutal subi par les nations. Enfin, les trois régions identifient le partage de données en temps réel et l’hétérogénéité des capacités techniques nationales comme des défis critiques, nécessitant une formation continue face à la forte rotation des cadres gouvernementaux.
Malgré ces objectifs communs, les particularités géographiques et historiques de chaque organisation définissent des approches individuelles et des outils opérationnels distincts.
La stratégie de la CDEMA est fortement dictée par sa géographie insulaire et la dispersion de ses 20 États membres, essentiellement des Petits États Insulaires en Développement (PEID). Face à une dépendance vitale envers les transports maritimes et aériens, son pilier est le Mécanisme de Réponse Régional (RRM), un système décentralisé s’appuyant sur quatre points focaux sous-régionaux, tels que la Barbade et Trinité-et-Tobago. Les réponses récentes aux ouragans Beryl et Melissa (2024-2025) ont validé un modèle d’activation progressive qui respecte le leadership de l’État touché, tout en activant pour la première fois des groupes de travail techniques spécialisés dans la logistique, les abris et la gestion des données. La CDEMA se distingue également par son approche inclusive, en formant les comités locaux à la langue des signes — comme en Jamaïque — pour protéger les populations marginalisées.
Le CEPREDENAC, en tant qu’organe spécialisé du Système d’Intégration Centraméricain (SICA), se concentre sur l’accompagnement politique et stratégique encadré par la Politique Centraméricaine de Gestion Intégrée des Risques (PCGIR). Son outil emblématique est le Mécanisme Régional d’Assistance Humanitaire (MECREG), un mandat présidentiel qui simplifie et unifie les formalités douanières, migratoires et de quarantaine pour accélérer le transit de l’aide. Au niveau opérationnel, il encourage des dialogues multisectoriels inédits — associant les ministères des finances et les Sociétés Nationales de la Croix-Rouge — et valide ses protocoles par des simulations régionales ciblées, à l’image du récent exercice du pôle centraméricain de l’eau et de l’assainissement (WASH Hub) impliquant une participation coordonnée du Honduras, d’El Salvador et du Guatemala aux côtés de la Croix-Rouge. Cet exercice a permis de valider la mobilisation transfrontalière de capacités spécialisées face à des scénarios d’impact régional.
Le CAPRADE a été explicitement créé en réponse institutionnelle aux ravages économiques du phénomène El Niño (1997-1998), qui avait coûté plus de 7,5 milliards de dollars à la région. Plutôt que d’agir comme un organisme d’exécution indépendant, il fonctionne comme un mécanisme d’intégration technico-politique qui articule les secrétariats nationaux sous l’égide de la Stratégie Andine pour la Gestion des Risques. Son principal instrument est le Guide de Coordination de l’Assistance Humanitaire Mutuelle, et il s’est imposé comme une plateforme pratique capable de répondre à des crises environnementales complexes et variées. Un exemple marquant de cette utilité pratique a été la réponse coordonnée lors d’une marée noire majeure survenue en Équateur, dont le pétrole commençait à atteindre le territoire et les eaux des pays voisins. La plateforme du CAPRADE a permis d’activer efficacement les protocoles de contingence mutuelle, démontrant que la confiance bâtie en amont est essentielle pour contenir les urgences environnementales transfrontalières.
Mouvements de population et réponse régionale
Cette session a mis en évidence que le déplacement lié aux catastrophes a cessé d’être un phénomène exceptionnel dans la région. En 2024, les Amériques ont enregistré plus de 13 millions de déplacements, dont la grande majorité est liée au passage d’ouragans tels que Helene et Milton. Sur la dernière décennie, la tendance montre une augmentation soutenue de 13 %, et les épisodes de déplacement répété et prolongé — où les mêmes communautés en situation de haute vulnérabilité se voient contraintes de se déplacer plus d’une fois par an — sont devenus un schéma préoccupant. À ce scénario s’ajoutent des facteurs qui aggravent l’exposition : l’informalité urbaine, le transit de populations migrantes, les barrières linguistiques, la désinformation et la coïncidence, dans certains territoires, entre l’impact des catastrophes et des situations de violence.
Sur le plan des politiques publiques, la région a progressé de manière significative. La Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme et la Cour Interaméricaine ont émis des résolutions qui orientent les pays dans la protection des droits en contexte de déplacement. Des pays comme le Guatemala, le Costa Rica, le Chili, le Mexique et le Pérou ont intégré la mobilité humaine dans leurs engagements climatiques et leurs plans d’adaptation. La Colombie, de son côté, a approuvé une loi — en attente de signature présidentielle — qui reconnaît le déplacement interne causé par des facteurs environnementaux, climatiques et des catastrophes, et qui prévoit la création d’un registre spécifique. Au Panama, un protocole de relocalisations planifiées est en consultation publique. La Croix-Rouge Costaricienne, sur le plan opérationnel, a développé des initiatives d’action anticipatoire face aux inondations avec une approche axée sur les moyens de subsistance, et promeut la gestion communautaire des abris à travers le programme « Comunidades Alertas ».
Cependant, l’écart entre politique et réalité persiste. Les systèmes d’enregistrement demeurent insuffisants : la majorité des recensements ne capture que les personnes hébergées dans des abris officiels, laissant invisibles celles qui se réfugient chez des proches ou des voisins. Les plans de contingence intègrent rarement des scénarios spécifiques de déplacement. Et les besoins différenciés des femmes, des enfants, des personnes âgées, des personnes en situation de handicap et des communautés autochtones ne se traduisent pas toujours en protocoles concrets. La désinformation, ont souligné les panélistes, entrave également directement les processus d’évacuation : certaines personnes refusent d’évacuer par crainte de perdre leurs biens, tandis que des personnes migrantes évitent d’accéder à l’assistance par peur d’être expulsées.
Les recommandations de la session se sont articulées autour de quatre axes : intégrer des scénarios de déplacement dans les plans de contingence et d’action anticipatoire avant le début de chaque saison ; renforcer les systèmes de données pour suivre non seulement le nombre de personnes déplacées, mais aussi la durée du déplacement et les conditions de retour ; progresser vers des solutions durables pour ceux qui ne peuvent pas retourner dans leurs territoires d’origine ; et garantir que l’ensemble des normes existantes — abondantes dans la région — soit mis en œuvre et évalué de manière concrète, avec des indicateurs permettant de mesurer leur impact réel sur les communautés.
Intelligence artificielle et outils numériques pour la préparation : utilité et enjeux éthiques
La session s’est attachée à analyser les solutions pratiques de préparation mises en œuvre grâce à l’intelligence artificielle dans les contextes humanitaires, ainsi que les défis éthiques liés à l’adoption de ces technologies. Parmi les principales préoccupations éthiques ont été mentionnées la protection de la vie privée et la confidentialité des données, le risque de biais discriminatoires en fonction de la provenance des informations, et l’importance de ne pas déléguer la prise de décision finale à ces modèles. La nécessité absolue de toujours maintenir une présence humaine dans le processus afin de vérifier chaque résultat avant sa mise en œuvre a également été soulignée.
La Croix-Rouge libanaise a présenté son expérience pratique à travers le développement d’une application web conçue pour optimiser le flux des appels d’urgence, appelée Emergency Call Workflow Pipeline. Ce système utilise quatre grands modèles linguistiques (LLM) adaptés pour traiter le français, l’anglais et différentes variantes de l’arabe de la région. L’outil permet de transcrire intégralement les appels vocaux, de structurer la conversation et d’extraire des métadonnées analytiques afin de générer des dossiers sur les patients, leurs pathologies et leur localisation. La Société nationale a choisi de développer un progiciel local hors ligne et open source hébergé sur ses propres serveurs, ce qui réduit la latence et les coûts liés aux API, tout en garantissant que les données confidentielles restent sécurisées et cryptées à des fins strictement humanitaires.
De son côté, la Croix-Rouge néerlandaise, par le biais de son initiative 510, a présenté l’évolution de son outil d’évaluation automatisée des dégâts (ADA), dont les premiers essais avec des drones remontent à l’intervention suite à l’ouragan Irma en 2017. Cette technologie répond au besoin crucial des équipes de première intervention d’identifier les personnes touchées et l’ampleur de la situation sur de vastes zones, où une évaluation manuelle prendrait des semaines, voire des mois. Le processus de l’ADA consiste à collecter des images satellites avant et après la catastrophe, puis des modèles d’IA détectent les formes des structures sur des plateformes telles qu’OpenStreetMap afin de classer les dommages aux bâtiments sur une échelle de zéro à quatre.
Le système fonctionne avec une précision estimée à 80 % et offre l’avantage d’être hautement évolutif en traitant de grands volumes de données en parallèle. La validation des résultats s’effectue par un examen humain d’un échantillon des structures classées, ce qui alimente le modèle avec de nouvelles informations qui se traduisent par des cartes statiques portables.
La Croix-Rouge américaine a apporté une perspective axée sur la gestion interne, la diversification des cas d’utilisation et la complémentarité entre la technologie et le personnel humanitaire. Son intervention a souligné que l’IA ne doit jamais remplacer la compassion, le dévouement et les relations personnelles que ses bénévoles et ses donateurs établissent.
De même, parmi ses outils prédictifs basés sur des données historiques, l’équipe de science des données utilise des modèles de prévision géographique pour déterminer la disponibilité des ressources et des bénévoles en cas de catastrophes potentielles. En externe, des chatbots sont gérés sur son site web pour faciliter l’accès à l’information, et l’une des principales orientations actuelles de l’organisation est l’optimisation des moteurs génératifs (GEO), qui vise à garantir que ses contenus institutionnels soient optimisés afin que les utilisateurs qui consultent des outils d’IA lors de catastrophes reçoivent des informations précises sur ce qu’il faut faire ou où se rendre.
La session s’est conclue en soulignant que les projets technologiques ne sont couronnés de succès que lorsqu’ils sont co-conçus avec les équipes qui comprennent les besoins sur le terrain. En ce qui concerne le cadre réglementaire et institutionnel, il a été annoncé que la FICR est sur le point de lancer la première version de sa stratégie en matière d’intelligence artificielle, qui repose strictement sur les principes directeurs de l’organisation.
Technologies appliquées à la réponse
La session a présenté trois blocs thématiques reliés par une question commune : comment s’assurer que la bonne information parvient aux bonnes personnes, dans le bon format et au bon moment ?
Outil 1 : Module d’analyse des risques — plateforme IFRC Go
Le module d’analyse des risques, accessible depuis la section « Se préparer » de la plateforme IFRC Go, intègre des données provenant de sources externes fiables afin d’offrir aux équipes de gestion des catastrophes des prévisions d’impact avant qu’un événement ne survienne. L’outil présente le type d’événement, la date, la localisation, le nombre estimé de personnes exposées — désagrégé par groupes d’âge lorsque l’information est disponible — ainsi que la valeur estimée des bâtiments et des écoles à risque. Pour les ouragans, il visualise la trajectoire historique, la projection et le cône d’incertitude. Son public cible est celui des équipes techniques des Sociétés Nationales, et non les communautés directement.
Outil 2 : IFRC Alert Hub — centre d’alertes officielles
L’Alert Hub, accessible à l’adresse ahp.ifrc.org, complète le module précédent avec une approche distincte : plutôt que des projections d’impact, il propose des alertes officielles provenant exclusivement d’instituts météorologiques nationaux et de bureaux de gestion des catastrophes reconnus par l’Organisation Météorologique Mondiale. L’information inclut des instructions concrètes d’action à destination des communautés — quoi faire, où aller, où obtenir davantage d’informations. Son utilité principale réside dans la communication vers les sections des Sociétés Nationales et vers les communautés, en servant de pont entre la source officielle et l’action locale.
Outil 3 : Images satellitaires — accès et processus
L’IFRC œuvre à garantir que les Sociétés Nationales reçoivent des images satellitaires au moment opportun et dans le format adapté lors des urgences. L’accès est actuellement géré par voie de demande auprès des bureaux de l’IFRC, avec des délais de livraison inférieurs à une heure une fois la demande approuvée. Pour l’avenir, une collaboration avec l’Agence Spatiale Européenne est en cours d’élaboration afin de systématiser et d’élargir l’accès à l’échelle mondiale, en éliminant la nécessité de demandes individuelles pour chaque urgence.
La plateforme Access
Access est une plateforme d’enregistrement et de prestation de services qui inverse le modèle traditionnel de réponse : plutôt que les équipes aillent à la rencontre des bénéficiaires, ce sont les personnes elles-mêmes qui s’enregistrent via une application mobile, dans leur langue et à tout moment. Elle comprend une application publique d’auto-enregistrement, un module de gestion de programmes pour les Sociétés Nationales, et une version destinée au personnel et aux volontaires permettant l’enregistrement en présentiel de ceux qui ne disposent pas de téléphone intelligent. Lors de la réponse à l’ouragan Melissa en Jamaïque, la plateforme a permis d’enregistrer plus de 4 000 familles en moins de 24 heures par auto-enregistrement, atteignant proportionnellement davantage de familles présentant un plus grand nombre de marqueurs de vulnérabilité que l’enregistrement en présentiel.
La plateforme One
One est une plateforme de gestion intégrée des programmes de transferts monétaires, de l’enregistrement jusqu’au paiement. Elle est configurable en quelques jours ouvrables, permet des paiements en un seul clic et s’intègre avec des outils d’enregistrement et des prestataires de services financiers locaux. Elle a été déployée pour la première fois lors d’une urgence à distance et en moins d’une semaine. Son expansion vers les Amériques est une priorité pour 2026.
Santé et WASH dans les situations d’urgence : une réponse intégrée pour lutter contre les épidémies
Les flambées épidémiologiques constituent des menaces récurrentes et multifactorielles (maladies arbovirales, diarrhéiques et évitables par la vaccination) qui présentent des défis de gestion uniques dans la région des Amériques. Contrairement aux catastrophes soudaines telles que les tempêtes ou les séismes, les épidémies sont des menaces invisibles à propagation exponentielle qui suivent leur propre dynamique biologique et sociale. Le développement, l’intensité et l’évolution de la courbe épidémiologique sont déterminés par l’interaction entre le pathogène, l’environnement et l’être humain en tant qu’hôte. Les facteurs environnementaux tels que le changement climatique et le caractère saisonnier des pluies interagissent avec les vulnérabilités sociales, la désinformation, la méfiance publique et des facteurs tels que le déclin alarmant de la couverture vaccinale post-pandémie (tombée sous le seuil critique de 95 %). Des cas à fort impact, comme l’hantavirus sur les navires de croisière ou l’Ebola en Afrique, démontrent la mondialisation de ce risque. Les urgences de santé publique sont des phénomènes prévisibles et cycliques ; des études confirment l’augmentation mathématique des maladies diarrhéiques à la suite des tempêtes tropicales, parallèlement aux hausses annuelles de dengue en Amérique centrale ou aux pics de leptospirose en Jamaïque et en République dominicaine. Face à cela, une réponse efficace exige une approche intégrée et multisectorielle combinant la médecine préventive avec les interventions en Eau, Assainissement et Hygiène (WASH).
Les maladies arbovirales (Dengue, Chikungunya, Zika) sont transmises par des moustiques piqueurs diurnes ayant un court rayon de vol (de 50 à 100 mètres) qui prolifèrent dans les eaux stagnantes propres. Le risque clinique critique est la dengue grave, touchant particulièrement les enfants. Les axes d’action de santé publique priorisent la surveillance épidémiologique, la communication des risques, la distribution de répulsifs et le renforcement des soins primaires pour identifier les signes de danger. Du point de vue du WASH, le travail se concentre sur le contrôle larvaire communautaire, la réparation des fuites et le stockage sécurisé de l’eau.
Au Suriname, face à une épidémie généralisée dans tous les districts en début d’année, une opération IFRC-DREF a été déployée de mars jusqu’en août. La mobilisation communautaire a été priorisée via l’utilisation des réseaux sociaux, de la radio et de la télévision, en adaptant les messages techniques aux langues locales pour lutter contre la désinformation. Les leçons clés comprenaient la nécessité de rationaliser la logistique d’achat des fournitures, de sécuriser les équipements de protection individuelle pour les volontaires dans les zones de forte transmission, et de renforcer les plans de contingence pour le prépositionnement des stocks face aux prochaines saisons des pluies.
Les maladies diarrhéiques sont causées par des virus, des bactéries et des parasites transmis par voie fécale-orale (eau, aliments ou mains contaminés). Leur principale complication est la déshydratation sévère, létale chez les enfants de moins de cinq ans et les personnes âgées, particulièrement dans les contextes de malnutrition. La prévention exige un approvisionnement en eau salubre, une gestion adéquate des excrétas, le lavage des mains et la promotion des solutions de réhydratation orale (SRO). La surveillance communautaire est le pivot central pour identifier les épidémies dissimulées par la normalisation sociale de la maladie.
Marquant un jalon historique dans la coordination régionale, le Honduras (pays assistant), El Salvador (pays de transit) et le Guatemala (pays assisté) ont mené une simulation frontalière régionale en déployant du personnel technique et des équipements spécialisés. L’exercice a validé avec succès les procédures d’activation, le déploiement transfrontalier du personnel et des équipements spécialisés en eau et assainissement, ainsi que l’intégration opérationnelle du Wash Hub au sein du mécanisme de réponse régional du SICA, en impliquant de manière inédite les douanes, l’immigration et les ministères des Affaires étrangères.
Une maladie évitable par la vaccination comme la rougeole représente l’une des menaces les plus contagieuses en raison de sa transmission aérienne par microgouttelettes ; dans les communautés non vaccinées, un seul cas peut déclencher des chaînes de contagion exponentielles (un ratio de 1 pour 20). En l’absence de traitement antiviral spécifique, l’immunisation reste la seule réponse efficace. Les actions se conservent sur l’identification des enfants non vaccinés, la formation du personnel de santé, le soutien logistique aux chaînes du froid et le déploiement de stratégies massives de communication des risques sur les plateformes numériques en raison de la forte demande du public pour les contenus de santé.
Après des décennies sans transmission (le dernier cas enregistré remontant à 1997, hormis un événement isolé en 2018), le Guatemala a été notifié d’un cas importé le 2 janvier 2025. L’épidémie a progressé de manière exponentielle pour atteindre, au 14 mai 2026, un total de 6 209 cas confirmés en laboratoire, 7 752 cas probables liés épidémiologiquement et 12 décès (dont 9 nourrissons de moins d’un an). Fait marquant, 62 % des personnes touchées se concentraient dans la tranche d’âge des 15 à 39 ans. La Croix-Rouge guatémaltèque a contenu l’urgence en s’intégrant activement au sein du pôle Santé et du Centre d’opérations d’urgence (COE) national, instaurant une relation de confiance avec le ministère de la Santé Via les canaux numériques, elle a touché plus de deux millions d’utilisateurs avec des informations scientifiques simplifiées pour contrer l’infodémie et l’anxiété collective. Les principaux défis opérationnels comprenaient des pénuries critiques de vaccins sur le marché intérieur, des calendriers administratifs désalignés entre le ministère de la Santé et la Société nationale, et des processus de passation des marchés rigides qui ont ralenti les achats urgents.